C’est un plaisir et un honneur d’être convié, par une personnalité du monde du vin comme M. Bernard Magrez, à visiter trois de
ses propriétés bordelaises : Château La Tour Carnet 5ème Grand Cru Classé à Saint-Sauveur et Médoc, Château Fombrauge Saint-Emilion Grand Cru, et Château Pape Clément, Grand Cru
Classé de Graves à Pessac.
Le départ de cette journée se fait à l’aéroport de Mérignac, puisque c’est en hélicoptère que nous ferons les deux premiers
déplacements. C’est pour moi une première et c’est une très agréable découverte, malgré les conditions atmosphériques : des grains à traverser avec un vent soufflant en rafales. Cela nous
permet de survoler le Médoc viticole (Margaux, Pauillac, Saint-Estèphe).

Approche au dessus de La Tour Carnet
Le Château La Tour Carnet, racheté par Bernard Magrez en 2000, a bénéficié depuis d’un gros programme d’investissements, tant à
la vigne qu’au chai. Contrairement à beaucoup de châteaux médocains, qui ont été édifiés au XVIIIème ou au XIXème siècle, le Château La Tour Carnet a une histoire longue, qui remonte au
Moyen-âge, puisque c’est au XIIème siècle que sa tour fut bâtie, en cette époque de guerre de Cent Ans, premier âge d’or du commerce des vins de Bordeaux. Cette propriété a appartenu à la sœur de
Montaigne, épouse du Sire de Camin qui aurait, après de nombreuses déformations, donné son nom au Château ( !) L’ami de Michel Montaigne, La Boétie, y aurait écrit une partie de son livre
majeur « Le discours de la servitude volontaire ».
Vers les chais de La Tour Carnet
La dégustation proposée commence par le Château des Grands Chênes, autre propriété médocaine de Bernard Magrez , située, elle, à Saint-Christoly de Médoc.
LES GRANDS CHENES 2008 : Couleur moyenne +. Le nez est fin et
élégant, d’une bonne puissance. La bouche, de densité moyenne à l’attaque, gagne cependant en profondeur, avec des tanins très soyeux. D’un beau classicisme, apte à vieillir quelques années, la
pureté de ses tanins permettra de l’apprécier dès 2013. (50 % merlot, 47 % cabernet sauvignon, 3 % cabernet franc). **
LES GRANDS CHENES 2007 : Même intensité colorante. En revanche, le
bois est plus présent au nez, et le style plus toasté. La bouche de demi-corps, avec toujours des tanins très fins. Aimable, facile. *
LES GRANDS CHENES 2006 : Couleur plus profonde, plus dense. Le nez
est un peu plus en retrait à ce stade. La bouche est fine et serrée, avec cette petite touche
d’austérité typique du millésime. A attendre. *
LES GRANDS CHENES 2005 : Couleur profonde. Le nez est plutôt
fermé. Bouche très serrée, très structurée. Tanins très soyeux. Il a un potentiel de garde d’au moins dix ans. **
On note une évolution dans l’utilisation du bois en 2008, avec un style moins toasté, qui « libère » les arômes du vin. Un
retour à une « buvabilité » plus grande…ce qui est le classicisme bordelais.
LA TOUR CARNET 2008 : Couleur assez dense à reflets bleutés. Le
nez est marqué par un boisé un peu dur. La bouche est de densité moyenne, avec des tanins très fins, mais un peu durs.
LA TOUR CARNET 2007 : Bonne couleur dense. Le nez est encore très
marqué par le bois. Les fruits noirs, myrtille, mûre, sont présents. La bouche est de moyenne densité, avec des tanins très fins. Bien ajusté aux capacités du millésime, ce vin plaira.
*
LA TOUR CARNET 2006 : Belle densité de couleur. Le nez est fondu,
avec un boisé déjà intégré. La bouche a une belle structure, c’est bien ajusté, avec des tanins encore un peu austères. Accordons lui quelques années. *
LA TOUR CARNET 2005 : Couleur très dense. Le nez est fermé, avec
un boisé un peu dissocié. La bouche est extrêmement serrée, avec des tanins massifs. Très contracté actuellement, il a besoin de temps pour accorder ses faveurs. ***
LA TOUR CARNET 2004 : Couleur dense. Le nez commence à s’ouvrir,
avec un boisé encore un peu présent. La bouche est charnue, ronde, avec des tanins presque fondus. Il peut se goûter avec plaisir. **

La dégustation de La Tour Carnet
Nous dégustons ensuite des essais de barriques, et également un essai de vinification OXO entièrement en barrique, y compris la
fermentation, sur du merlot du millésime 2009. Les barriques premium de chez Radoux marquent moins le vin en l’enrobant magnifiquement. Les arômes du vin sont « libérés » de façon très
intéressante. Quand à la vinification en barrique, elle augmente semble-t-il la densité du vin et produit des tanins au grain très fin. Ce genre de vinification partielle pourrait être utilisé
comme « vin médecin » dans les années un peu plus légères.
Décollage ensuite avec survol de la Garonne et de la Dordogne, en direction de Saint-Christophe des Bardes, où se trouve le Château
Fombrauge. Cette grande propriété, d’une taille peu commune à Saint-Emilion (75 hectares dont 52 plantés à ce jour), a été rachetée en 1999 par Bernard Magrez. Précision géomorphologique :
le plateau calcaire de Saint-Emilion se prolonge sur les communes à l’est de Saint-Emilion. Quoique réduit à l’état de lambeaux plus ou moins grands, de nombreux terroirs magnifiques s’y
trouvent, dont une partie de ceux de Fombrauge.
Ici aussi, des travaux ont été entrepris pour faire franchir à Fombrauge une marche supplémentaire dans la qualité.
FOMBRAUGE 2008 : Belle couleur. Le nez est assez puissant, très
merlot. La bouche est ronde et sensuelle, avec une jolie trame. Ce sera très agréable dans cinq à dix ans. **
FOMBRAUGE 2007 : Couleur dense. Le nez est marqué par un boisé
torréfié. La bouche est ronde, charnue, avec de bons tanins. *
Au-dessus
de Fombrauge
FOMBRAUGE 2006 : Couleur moyenne. Plus fondu que les précédents. Le nez est vanillé, moka, avec un corps moyen. Les tanins commencent à se fondre, on peut commencer à le déguster.
**
FOMBRAUGE 2005 : Couleur profonde. Le nez commence à s’ouvrir avec
un fruit qui revient. La bouche s’arrondit, avec de la puissance qui n’empêche pas l’élégance. Les tanins sont très fins, il est presque prêt, et tiendra de nombreuses années. **
FOMBRAUGE 2004 : Trace d’évolution sur les bords du disque. Le nez
commence à s’ouvrir vers de belles notes de tabac blond. La bouche est souple, caressante, joliment charnue. Tanins fondus, se goûte avec plaisir. **
MAGREZ-FOMBRAUGE 2007 : Couleur moyenne. Le nez est sur les petits
fruits noirs, complexe, vanillé. La bouche est extrêmement caressante, avec des tanins veloutés. **
MAGREZ-FOMBRAUGE 2008 : Couleur profonde. Le nez est
très élégant, la bouche est assez dense avec en revanche une grande profondeur. Les tanins sont encore sensibles mais on est dans le même style très caressant, très poli. **
Nous faisons encore une dégustation des essais de barriques
et de vinification OXO sur le millésime 2009, qui confirme les observations faites à La Tour Carnet. C’est peut-être encore plus convaincant ici. Un délicieux repas nous est ensuite servi dans un
salon de Fombrauge.
Puis retour vers l’aéroport de Mérignac en hélicoptère en survolant l’Entre-Deux-Mers et en touchant les premières communes de
Pessac-Léognan. Nous reprenons nos véhicules pour nous rendre au Château Pape Clément à Pessac.
Nous visitons le cuvier et les chais où on peut voir le soin extrême apporté à la vendange : cagettes à la vigne
puis égrappage à la main et tri sur tables par 200 personnes. La dégustation a lieu dans le pavillon du Prélat, situé dans le parc du Château, d’un magnifique style Art Nouveau.
CLEMENTIN DE PAPE CLEMENT 2007 : Belle couleur Le nez est
moyennement puissant, sur les petits fruits noirs, mûre et myrtille particulièrement, associés à une fine vanille. La bouche présente un soyeux, une volupté remarquables. C’est d’une grande
délicatesse. Peut éventuellement se boire. **
PAPE CLEMENT 2007 : Belle couleur. Le nez est délicat, finement
boisé. La bouche offre une structure quand même affirmée. Tanins soyeux, très beau vin. ***
PAPE CLEMENT 2006 : Plus serré que le précédent, il a une trame
dense qui évite tout côté austère. Tanins de grande classe. ***
La salle e l'égrappage et du tri manuel de Pape Clément
PAPE CLEMENT 2004 : Le nez promet, avec de belles notes fumées et de fruits cuits. La bouche est, elle, encore enserrée dans sa structure
tannique. Il a, et c’est normal pour un vin de ce niveau, encore besoin de temps. Les tannins sont malgré tout délicats, mais cette bouteille ne donne pas entièrement satisfaction à M. Magrez. La
deuxième bouteille montre une couleur dense, fraîche. En effet le vin est très différent : structuré, puissant, avec une puissance et une qualité aromatique parfaites, très cohérentes. C’est
là une très belle bouteille, avec une attaque superbe sur des notes empyreumatiques et un vin de beau format et parfaitement cohérent, ce que n’était pas, en effet, la première bouteille. Notons
que seule la comparaison directe des deux bouteilles montrait cette différence. Un consommateur occasionnel n’aurait pu la ressentir, la première bouteille étant déjà d’une très belle qualité.
*** (pour la deuxième bouteille
L’essai de vinification OXO est ici montré sur du cabernet sauvignon. Le vin gagne une puissance tannique extrême, mais sans
astringence, sans assèchement en fin de bouche. Les tanins restent fluides, non collants en bouche.
PAPE CLEMENT BLANC 2006 : Déjà, à cet âge, c’est très bon. On
ressent au nez la présence de la muscadelle et du sauvignon gris dans l’encépagement. C’est un vin délicat, d’un style plutôt rond et puissant.
PAPE CLEMENT BLANC 2007 : Ce millésime est plus tendu par une
acidité plus nette. Il est droit et certes, moins riche que le 2006. Il se goûte parfaitement sur sa fraîcheur, sur son fruit. Mais on peut penser que sa tension acide lui permettra de franchir
les années avec grâce.
La degustation à Pape Clément
Nous avons goûté de très bons vins tout au long de cette journée
, avec des vinification luxueuses, apportant le plus grand soin au traitement de la vendange, aptes à présenter les vins sous leur meilleur jour. Pourtant, et cela m'a étonné, jamais il n'a été
question de terroir, de sol, de vigne. C'est le seul regret que je formulerai en remerciant encore M. Magrez.
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