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Le 8 décembre dernier, nous étions quelques-uns à partir en "pélerinage" gourmand au Domaine de la Tuilerie, en Bas-Armagnac, où avait lieu le grand moment annuel : la distillation (en bus, pour plus de sureté). Comme le domaine est petit, trois jours suffisent pour produire trois pièces de ce qui deviendra un magnifique, un grand, Bas-Armagnac. L'alambic a été acheté il y a quelques années, car, avant 1986 c'est un distillateur itinérant qui venait opérer chaque année, comme dans de nombreuses propriétés de l'Armagnac. C'est un alambic en cuivre, bien sûr, fabriqué en 1949, qui fonctionne au bois. C'est un appareil rustique, à la simplicité biblique, qu'il faut démonter entièrement avant et après chaque utilisation.
Colette et Jean-Louis, nos hôtes, ont choisi d'utiliser du bois de charme, à la chauffe douce et régulière. Jean-Louis Hugon, très pédagogue, se fait un plaisir d'expliquer le fonctionnement de ce bel appareil, qu'il faut savoir écouter, toucher, pour accompagner ce que la nature a offert cette année, différent de ce qu'elle avait offert l'an dernier.
C'est un plaisir auquel il est difficile de résister, que de glisser son verre à la sortie du petit tuyau, et de humer les superbes arômes de poire et de prune de l'eau de vie blanche.
Mais ce pèlerinage est aussi l'occasion d'un repas très convivial où on déguste une superbe garbure, une salade de gésiers, une daube de noël (au vin blanc) accompagnée de pommes de terres sautées.
Autour de la table, les conversations agréables et animées se multiplient. J'ai eu la chance de faire face à des amateurs venus de Suisse, sur la route de ...Lourdes.
A la fin du repas, après le café, on passe au "brûlot". Il faut dire que tout le monde attend ce moment, car il est à la fois spectaculaire et...délicieux. On remplit une bassine à confiture en cuivre d'eau-de-vie blanche, on ajoute un bon kilo de sucre, on mélange, on chauffe jusqu'à ébulition et on met le feu. Pour aérer la préparation, pour accélérer la combustion, chaque participant vient à son tour faire tomber en cascade le précieux liquide dans la bassine. A tout seigneur, tout honneur, c'est Jean-Louis et sa fille Lola qui donnent l'exemple.
Puis, quand la moitié (enfin, presque...) de l'alcool a brûlé, on couvre la bassine pour arréter le feu, et on plonge dans le liquide fumant des écorces et des quartiers d'oranges. A déguster avec modération...autant que possible!
Plus tard dans l'après-midi, on passe encore à la visite du chai où dorment les millésimes passés, en cours de veillissement.
Bien sûr, Colette Remazeilles est fière de faire déguster ses nectars, et bien sûr, ils sont sources de commentaires comparatifs et enthousiastes, d'autant que les dégustateurs ont abandonné leurs inhibitions éventuelles plus tôt dans la journée.
Heureusement le bus nous ramène vers Bordeaux, nous laissant le temps de retrouver calme et quiétude. Je parierais qu'il y aura des amateurs pour revenir à la distillation, fin 2007. En attendant, j'espère vous avoir fait vivre ce superbe moment. Je remercie mon ami Alexandre de Montesquieu pour ses magnifiques photos, qui rendent, mieux que des mots, ces moments chaleureux. Par les temps de Prohibition qui nous menacent, il est heureux de pouvoir encore en connaître de cette qualité.
Bonne année 2007 à tous!
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