Je viens d'apprendre le décès de mon maître René PIJASSOU, à 86 ans. Il était professeur émérite de l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux III. Il avait participé à la rédaction du magnifique "La seigneurie et le vignoble de Château Latour" Histoire d'un grand cru du Médoc (XIVème-XXème siècle), ouvrage collectif publié sous la direction de Charles Higounet en 1974 (fédération historique du Sud-Ouest, Bordeaux). Ouvrage fondamental pour comprendre le "miracle" de Latour et pour connaître tout ce qui se trouve au fond d'un verre de ce grand vin, de géographie, de géologie, de terroir, d'Histoire, de passion humaine. Tout ce que bien peu, hélas, des gens qui ont les moyens de s'offrir du Château Latour sont capables de comprendre et d'apprécier. Il fit paraître sa thèse de géographie (et d'histoire ce que certains lui reprochaient) "Le Médoc" (Tallandier, Paris, 1980), somme quasi exhaustive en deux volumes qui détaille la formation aux différents épisodes glaciaires du début de l'ère quaternaire, des somptuex terroirs du Médoc.
Enfin, pour moi, il est l'un des deux hommes qui m'a révélé le Vin. Je me souviens en effet de cette journée du printemps 1974 où nous allâmes en compagnie de René Pijassou et Henri Enjalbert (le "decouvreur" du terroir de Daumas-Gassac, auteur de "Les Grands vins de Saint-Emilion, Libourne et Fronsac", "vérifier sur le terrain" les cours d'amphi. Visite de Brane-Cantenac, réception par M. Lucien Lurton (avec dégustation sur fût, c'était un peu difficile pour des palais novices). La tournée se poursuivit à Mouton-Rothschild, avec déjeuner sur place d'une grillade aux sarments accompagnée de "Grand vin de lie du Baron Philippe", c'est à dire le vin récupéré avec les lies lorsqu'on faisait les soutirages. On laissait décanter en barrique à nouveau, puis on soutirait encore. C'était ce vin, en fait du Mouton servant de vin de table au Baron Philippe de Rothschild, que l'on nous servit ce jour là. (hélas je n'ai jamais su le millésime servi). L'après-midi se poursuivit avec la visite de Cos d'Estournel assurée par le propriétaire, M. Prats, avec dégustation bien sûr. C'est ce jour là que j'ai eu la révélation du vin, comme on entre en religion, et je ne remercierai jamais assez ces deux grands Messieurs pour le cadeau extraordinaire qu'ils m'ont fait, puisque, quelques années après je décidais de me consacrer au commerce des vins.
C'est donc d'une pensée émue que je vois partir M. René Pijassou, grand analyste des terroirs bordelais, mais aussi un peu, mon "père spirituel".
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