Rémunération de l'auteur

Rémunération de l'auteur

Et oui, hier, ce blog a reçu son 50000ème visiteur unique. Et comme il ne parle ni de politique ni de sexe, je prends ce résultat avec plaisir, car je pense que le sujet est moins porteur. Lorsque je l'ai créé, j'espérais des débats, des polémiques, des discussions sans fin. Rien de tout cela, quelques commentaires de temps en temps, ou plutôt des questions sympathiques. Merci tout particulièrement aux lecteurs lointains : amis belges, suisses, britanniques, allemands, facilement repérables. Merci aussi à ceux qui utilisent le traducteur de google (j'ai ainsi découvert son existence) pour essayer de comprendre mes notes, traductions anglaise, allemande, suédoise ou norvégienne - là, je ne reconnais pas!- je leur souhaite bien du plaisir si j'en crois la traduction anglaise. Merci tout particulier à Bertrand Leguern, par chez qui passent un nombre non-négligeable de visiteurs. Merci à Jean-Luc Thunevin qui apprécie mes commentaires. Puisqu'il y a des lecteurs, je peux donc continuer la tenue de ce blog.

C'est l'occasion de revenir sur le sens que je donne à mes notes, en ces temps de primeurs à Bordeaux.

 

Pour moi, tout commentaire n'est qu'une impression, avec les incertitudes que cela comporte. Certes, avec l'expérience je trouve que je me trompe peu, mais restons modeste...

 

Mon style est concis : lorsqu'on goûte plusieurs dizaines de vins dans la journée, il y a des aspects qu'on ne peut développer, le côté aromatique en particulier, car les arômes saturent vite tout le nez. Ce que je contrôle mieux et très longtemps, c'est le toucher de la bouche : déterminer si les différents éléments (chair, tanins, alcool, acidité) sont en cohérence et permettront au vin d'évoluer favorablement, plus ou moins vite certes, mais favorablement. Ainsi, je privilégie un vin avec un équilibre "bas" à un vin dont un ou plusieurs éléments sont puissants et dominants, mais qui manque de cohérence. Je note aussi très sévèrement l'élevage. Si, au bout de quatre à cinq mois seulement d'élevage d'un vin est dominé par un boisé "cache-misère", il ne trouve pas grâce à mon palais. Je me garde de tout lyrisme. Les mots sont des codes qui essaient de s'approcher au mieux des sensations. Vous savez comme moi combien il est délicat de mettre des mots sur des sensations, et que ces mots créent à leur tour une image mentale chez le lecteur.

 

Dernière précision. Je refuse la notation "américaine" sur 100. Pour ma part, je ne sais pas faire la différence entre un vin à 92 et un vin à 94 +. Des sensations pesées à 2 centièmes sur un vin de six mois...et d'autre part que vaut une échelle dont les éléments de 0 à 80 ne sont pas utilisés ? Je refuse pareillement de noter sur cinq étoiles, car tout le monde a son étoile. Je préfère noter sur trois étoiles, car l'engagement du dégustateur est plus grand. Il y a ainsi une vraie prise de parti, avec certes le risque de se tromper, que j'assume.


Il me reste encore quelques Bordeaux primeurs 2008 à vous présenter, ce que je ferai dans les jours qui viennent. A ce sujet, pas de photo cette année, j'ai consciencieusement oublié mon appareil . Veuillez excuser le manque d'aération et d'agrément aux commentaires.

Et je souhaite que vous trouviez encore de l'intérêt à ce blog, et qu'un de ces jours je vous remercie d'être revenus à 100000.

MA CARTE DES MILLÉSIMES

 

 

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Ø     Ce tableau est établi d’après mes propres dégustations, sur les seuls crus bourgeois, classés ou équivalents de Médoc, Pessac-Léognan, Saint-Emilion, Pomerol.

Ø     Garde des meilleurs vins :

G : garder – B : boire – O : devraient être bus.

Ø     La note sur 20 représente le potentiel de garde des meilleurs vins du millésime.

Ø     La note sur 5 représente la proportion des vins réussis sur le millésime.

 

Les fêtes de fin d'année sont l'occasion de déguster quelques bouteilles remontées de la cave. 'Pour ma part, remonter n'est pas le bon mot, ma "cave" est un chai, construit en surface et non enterré, où vin et conserves diverses (confits et confitures, légumes d'été, concentré de tomate) se partagent le terrain. A ce propos, j'évite soigneusement la tenue d'un livre de cave, ce qui me permet d'"oublier" des bouteilles, dont la saisie est rendue difficile par l'accumulation d'autres bouteilles, placées sciemment devant. C'est fouilli, mais ça me plait...et c'est efficace.
Donc, ces fêtes m'ont amené à extirper quelques bouteilles oubliées, parfois depuis fort longtemps. D'abord, je trouve rassurant l'état de conservation des vins, aucune de ces bouteilles n'était ni bouchonnée, ni à l'état de "vin-souvenir", cet état où on regrette de ne pas avoir ouvert la bouteille plus tôt. Je veux ici m'arrêter sur quelques-uns de ces vins.
LES LIONS DE LA LOUVIERE 1989 (AOC Graves Supérieures) : J'ai plusieurs fois entendu André Lurton raconter l'histoire de ce vin, accident de la nature : Durant les vendanges de cette année très chaude, un stagiaire était chargé de réceptionner les bennes de vendange et de peser le moûts. A un moment, il vint trouver André Lurton et lui annonça qu'il n'arrivait pas à trouver la richesse potentielle du moût car le mustimètre refusait de s'enfoncer dans le tube. André Lurton lui conseilla de mettre moitié eau et moitié jus et de multiplier le résultat par 2. Le jus avait un potentiel de 19 ° il me semble. Que faire ? Le mêler à la vendange pour qu'il se dilue dans la masse ou le vinifier à part. C'est ce qui fut choisi. André Lurton n'aimait pas l'appellation Graves Supérieures, tombée en désuétude et ayant servi à la vente de très petits vins hésitant entre demi-sec et moelleux, très souffrés, largement chaptalisés pour couronner le tout. Mais après deux ans il dut se résoudre à l'utilisation de cette appellation. Vingt ans après, à quoi ressemble ce vin ?
La couleur est ambrée / rousse, les gens non prévenus le prennent pour un rosé trop vieux. Le nez est fabuleux, très marqué par l'écorce d'oranges amères sêchées, telles que l'on peut les sentir par exemple chez Cointreau à Angers. Il s'y mêle des  senteurs d'épices orientales. En bouche, on est surpris par la légèreté de la liqueur. D'une part ce vin est issu à 100 % de sauvignon, et est donc moins gras, moins riche qu'un vin de sémillon, et ensuite on a ici du passerillage et non du botrytis. On retrouve en finale cette touche d'amertume qui peut ne pas plaire à tout le monde, mais qui ne m'a personnellement pas gêné. Il accompagna magnifiquement une terrine de foie gras mi-cuit. Ce vin original a été produit à nouveau plus récemment ; le millésime 1996 est encore trouvable. Ne le laissez pas passer.
Château SUDUIRAUT 1982 (Sauternes) : Je considère que celui qui n'a pas goûté des sauternes de 20 ans ne peut pas comprendre ces vins majestueux trop souvent sous-estimés. Bien sûr, bus jeunes ils peuvent donner du plaisir, mais on n'atteint à la véritable personnalité de ces vins qu'après beaucoup de patience. Suduiraut était à l'époque assez irrégulier dans sa production. Mais pouvait atteindre un niveau éblouissant certaines années. J'avais acheté ce 82 pour cela.
De couleur vieil or. Le nez est fabuleux, d'agrumes confits, d'épices, avec une touche d'amande. En bouche il est onctueux, sans lourdeur car le temps lui a permis de "digérer", de "consommer" une partie de son sucre. Parfaitement équilibré, long en bouche, c'est un très beau vin. Lui aussi fut un grand compagnon du foie gras, mais aussi d'un somptueux roquefort de chez Carles, dont le "bleu" est encore produit après un ensemencement traditionnel du caillé avec de la mie de pain.
Château FIGEAC 1970 : J'étais inquiet car cette bouteille était un peu basse, haut de l'épaule, et son âge vénérable. Je l'ai décanté (à la bougie) une demi-heure avant seulement car j'avais peur qu'il ne s'"évapore" rapidement. Sa couleur était assez nettement évoluée mais encore assez dense. Le nez se montre très noble, puissant et élégant, offrant classiquement des notes de sous-bois, de truffe, de havane. La bouche reste assez dense mais commence à sêcher, bien que les tanins ne soient pas agressifs. Je pense que ce vin, dans une bouteille au niveau intact, au bouchon changé, conservé au château par exemple, doit être encore tout à fait fabuleux, tant celui-ci est tout près de la perfection. La magie d'un grand terroir, et une pensée pour Monsieur Thierry Manoncourt.
GEWURZTRAMINER CUVEE DES SEIGNEURS DE RIBEAUPIERRE, F.E. TRIMBACH 1988 : Rappelons que cette cuvée est issue des grands crus Geisberg et Osterberg de Ribeauvillé. Les néophytes croient souvent que les vins blancs, les vins d'Alsace ne vieillissent pas bien. Nous en avons ici un magnifique démenti, tant les arômes qui se dégagent sont frais, miellés (acacia), fleurs blanches, agrumes, rose ancienne. L'équilibre est parfait et en fond de bouche monte une magnifique minéralité. Long en bouche, un délice.

Je vous parlerai peut-être une autre fois d'autres bouteilles dégustées dans ces occasions, mais moins originales ou extraordinaires.

Les vendanges de ce millésime 2008 tirent à leur fin en ce mois d'octobre. Hier, j'ai fait une petite balade dans les vignes de Pessac-Léognan, de Léognan précisément. Sous un soleil éblouissant (que nous aurions bien voulu avoir en plein été), par une douce température dépassant légèrement les vingt degrés c'était bien agréable. Partant du présbytère de Léognan, nous avons longé les vignes du Château Haut-Bergey, abrités derrière un mur. Puis coupant à travers les bois où se construisent de plus en plus de splendides maisons, nous avons rejoint le domaine de Chevalier, où les derniers rangs attendent les vendangeurs. L'état sanitaire est très bon, avec, par ci, par là, quelques grains passerillés, et une charge très correcte sous les ceps. Au sol, les traces des travaux effectués cet été en vert, afin de ne conserver que le meilleur et éliminer raisins millerandés (avortés -et donc restés petits et verts-), ou abimés. A Chevalier, des ceps splendides.

Nous avons ensuite rejoint les vignes du Château de France, avec sa superbe croupe de graves. Comme nous partons toujours avec un petit sac à dos, nous mettons dedans des poches en plastique, -au cas où ?-et nous avons ramassé les petits grapillons abandonnés par les vendangeurs sur les ceps (souvent en haut des ceps), pour en faire de la confiture. Ainsi chargés d'un peu plus de quatre kilos, nous avons repris en direction du château Haut-Bergey, afin de regagner la voiture.
















La belle croupe de France

Ce que j'ai pu voir lors de cette courte balade (5 à 6 kilometres) est encourageant. Le millésime 2008, très mal parti lors de la première semaine de septembre où il pleuvait à verse des torrents d'eau, a bénéficié ensuite de conditions quasiment idéales, avec d'abord trois semaines de temps sec, frais et ensoleillé, légèrement venté au nord-est. Malgré quelques courts et faibles passages pluvieux, octobre a vu de très belles journées chaudes et très lumineuses, comme ce dimanche.
















Au château de France, ce cep attend les vendangeurs.

Même s'il faut attendre les dégustations du printemps pour savoir à quoi ressemblera ce millésime 2008, je suis pour ma part confiant. Bien sûr, il lui manquera des jours avec des températures à plus de 30 ° qui font les grands millésimes. J'imagine un millésime avec des vins moyennement corpulents, avec beaucoup d'élégance...ce que l'on appelle le classicisme bordelais.





PS : La confiture de raisins est délicieuse. Il faut être très patient car il faut récupérer les pépins qui viennent flotter sur la confiture en cuisson. Comme pour le vin, le délice est à la hauteur de la patience de celui (ou celle) qui le fait...

Avec avril vient la saison de la présentation du dernier millésime, à la presse, aux acheteurs du monde entier. Cette "Grande semaine des primeurs" est, d'année en année, plus riche en présentations. Il est difficile de tout goûter, de nombreuses dégustations intéressantes sont laissées de côté.

Mes notes, mode d'emploi :Rappelons que les notes de dégustation que je vous présente (et que présentent la presse et les "grands dégustateurs") ne sont qu'une impression, portée sur des vins dont l'élevage ne fait que commencer.
Je laisse un peu de côté dans mes notes la partie aromatique des vins, car lorsqu'on goûte des séries de vins venant de terroirs proches, à l'encépagement variant peu, la saturation du nez ne permet pas d'établir des nuances véritablement précises. De plus, les arômes varieront tout au long de la vie du vin, c'est la partie la moins stable de celui-ci. Je m'attache pour ma part à l'équilibre de la construction de chaque vin, le rapport intime entre la richesse alcoolique, la densité de matière, l'acidité, la qualité des tanins. C'est dans ce rapport que s'établit la personnalité du vin. J'avoue préférer un vin à l'équilibre plus bas, à un autre, puissant, dense, mais dont les tanins me semblent en excès. Je privilégie toujours la notion de plaisir à toute autre notion pour noter un vin. Enfin, je veux revenir sur le bois. Nous goûtons des vins qui commencent leur élevage : Ce n'est pas seulement la quantité de bois que je juge mais surtout comment se fait la prise de bois (qualité des bois, chauffe, respect du fruit du vin).

Le millésime 2007a été fort difficile du côté de la météo. Je n'ai pas souvenir d'un été aussi maussade, frais (ou plutôt "mou"), et pluvieux. La quinzaine fraîche et ensoleillée de septembre a sauvé le millésime. On peut penser que les efforts faits par tous ont permis d'éviter un millésime du niveau de 1977 ou 1984, de tristes souvenirs. Je rapprocherai 2007 de 1999 dans les meilleurs cas, et de 1993, dans les cas où la dilution est sensible. Ce n'est donc pas un grand millésime, mais c'est un millésime qu'on pourra apprécier dans les dix prochaines années, et qui pourra bien souvent donner du plaisir, car les tanins se fondront rapidement. Il y a ici ou là, des vins dont on a eu du mal à ajuster la maturité du jus et celle des pépins et des peaux, et qui ont donc une trace de verdeur.
Comme toujours, dans les année fraîches, les vins blancs sont friands, mais, contrairement aux avis que j'ai lus jusqu'à maintenant, je ne classe pas ce millésime dans les grands millésimes, excepté pour quelques belles réussites de Pessac-Léognan : on est sur une palette aromatique qui privilégie pamplemousse et citron, avec peu de présence de notes d'oranges, de clémentine, de kumquat, d'écorces confites, que l'on trouvait par exemple dans le grand millésime 2001. Les vins évolueront bien grace à une acidité supérieur à la moyenne.
Sur la Rive Gauche, les réussites sont assez nombreuses, avec des vins rouges de demi-corps souvent, mais fins et équilibrés. Les vins me semblent mieux réussis dans le nord que dans le sud de cette rive.
Sur la Rive Droite, les vins de Saint-Emilion sont, sauf exception, coulants, faciles, aimables.On trouve de belles réussites sur Pomerol.
Enfin, il y a le Sauternais, qui a lui, produit un très beau millésime, au botrytis généreux. Comme toujours lorsque le botrytis intervient sur des raisins conservant une acidité naturelle élevée, on a des vins élégants, complexes, d'une grande classe. Ce n'est pas le "miracle" de 2001, mais c'est très bon. Profitez-en pour redécouvrir les grands liquoreux de Bordeaux.

Les prix: Faut-il attendre une baisse? Les crus les plus sensibles à la spéculation resteront tout en haut, car les sélections draconiennes effectuées pour privilégier la "Marque" feront que des quantités infimes seront disponibles. Une baisse symbolique interviendra. Les crus moins spéculatifs varieront peu également, car les frais et charges multiples n'ont fait que croître cette année.

Acheter en primeur ? Il est toujours intéressant d'acheter en primeur les plus grands noms. Mais il vous faudra en trouver, ce qui ne sera pas simple cette année encore. Pour les autre vins, je pense qu'ils seront plus intéressants à acheter au moment de leur mise à disposition.

Et maintenant, comparez mes impressions et celles d'autres dégustateurs, et faîtes-vous votre idée vous même.

En effet, hier 25 avril 2008, la 100000 ème page de ce blog a été lue. Merci pour votre curiosité si vous avez découvert l'existence de ce blog  "le goût du vin" hier, ou récemment. Et plus encore : merci si vous y trouvez un intérêt qui me vaut votre visite régulière. Dégustateur indépendant, et jaloux  de cette indépendance, je vous propose de prendre connaissance de mes notes de dégustation depuis le 17 janvier 2006. Je suis conscient qu'il s'agit d'un exercice subjectif, d'un avis fragile, que d'oser se prononcer sur un vin que l'on goûte. Seule l'expérience m'a montré que cet avis n'était pas si mauvais...c'est pour cela que je me suis autorisé à rendre publiques ces notes.
Donc, à partir d'aujourd'hui, nous allons essayer de parvenir à la 200000ème page lue, dans un temps plus réduit.
Challenge excitant...

Je remarque dans les mots-clés qui ont conduit certains visiteurs vers ce blog : "livre le goût du vin" : en effet, j'ai emprunté le nom de mon bog au titre d'un livre écrit au début des années '80 par le professeur Emile Peynaud (Dunod, éditeur). Qui était Emile Peynaud ? Un immense professeur d'oenologie de l'Université de Bordeaux, qui a eu, dans une période que je situe aux alentours de 1975-1982 tout particulièrement, une influence capitale dans l'évolution des vins de Bordeaux. D'une part il a encouragé la vendange de raisins à une plus grande maturité, et à une maturité plus contrôlée, et surtout il a été le révélateur de la technologie moderne en viticulture, cuverie en inox, températures de fermentation contrôlées. De même il a eu une activité de conseil très influente auprès de prestigieux grands crus classés. Il correspond également dans l'Histoire des vins de Bordeaux à une période que je qualifierai "d'oenologie triomphante", c'est à dire à celle où on pouvait se dire que le chai rattraperait toujours tout ce qui avait pu arriver à la vigne. On a vu récemment de nombreux très grands vignerons affirmer que l'essentiel de leur travail était à la vigne, que la vinification et l'élevage pouvaient presque se faire tout seuls, dès lors que le raisin arrivé au chai était parfait ; c'est un évolution capitale par rapport à cette époque, plus productiviste, avec des rendements plus élevés, et l'utilisation à la vigne de toute la pharmacopée possible.
Emile Peynaud écrivit dans ce début des années '80 ce livre énonçant le pourquoi du goût du vin, mais aussi proposant une technique et une normalisation du vocabulaire de la dégustation. Evitant les images éculées et folkloriques "il a de la cuisse..." il s'attacha à inscrire la dégustation dans un processus plus rigoureux, plus scientifique. J'ai beaucoup utilisé ce livre à mes débuts. Il m'a permis tout d'abord de me connaître (longtemps après, je pense que c'est un point fondamental pour tout dégustateur : la dégustation est une introspection), d'apprendre à identifier mes "capteurs", avec leurs forces et leurs faiblesses, de façon à être le plus régulier, le plus neutre, le moins influencé possible par l'environnement de la dégustation. C'est pour lui rendre un hommage discret que j'avais choisi ce nom.
Pour conclure cet article, je dirai que des dégustations verticales faites il y a quelque années m'ont appris quelque chose d'autre. Je pense en particulier à une dégustation de vins blancs faite au Château La Louvière, avec des vins vinifiés sous l'influence d'Emile Peynaud, puis sous celle du professeur Denis Dubourdieu (disons pour simplifier vinification en barrique avec bâtonnage des lies, au lieu de vinfication en cuve). Les vins qui avaient presque le même âge, (environ vingt ans) vinifiés selon une méthode ou l'autre, se ressemblaient bigrement : ce n'était plus la façon de vinifier qui était importante, le terroir avait pris le dessus, et bien sûr, il était permanent et définissait l'identité profonde du vin.

Amis visiteurs, acceptez tous mes voeux pour 2008. Je vous souhaite de nombreuses et belles dégustations, tout au long de cette année, de belles découvertes (on peut toujours être émerveillé par la découverte d'un vin même si beaucoup le connaissent déjà), et je souhaite également que les grands vins restent accessibles au plus grand nombre des amateurs. Il est bien dommage que ces vins soient de plus en plus réservés aux nouveaux riches des pays de l'Est ou d'Asie, pas forcément aptes à les apprécier dans leur pleinitude, à les consommer dans des conditions dignes de leur qualité. Il est vrai que ces vins sont de plus en plus nombreux à appartenir à des groupes de l'industrie du luxe, et à être vendus comme tels...une autre façon de faire rêver avec eux : moins sur leurs qualités gustatives que sur la capacité à se les procurer, qui signe l'appartenance à une élite sociale.  Je souhaite à tous les vignerons du monde une année qui les mènera sans encombre de la fleur au fruit, du fruit au vin, car, quel que soit le terroir, c'est toujours beaucoup de travail, d'espoirs, d'investissement - pas seulement financier- que la naissance d'un millésime. Enfin, parmi toutes les évolutions que connait le monde du vin, je souhaite que les vins qui respectent le terroir de leur naissance soient toujours plus nombreux, et que les OGM nous épargnent.
Pour ma part, dans les prochaines semaines je vous entretiendrai à nouveau des vins du Val de Loire, puis de ceux du Monde méditerranéen. En avril il sera temps de se pencher sur les primeurs du millésime 2007 à Bordeaux. Ce millésime a, lui, été bien compliqué et donnera sans doute des vins très hétérogènes, selon la qualité du travail du vigneron, son talent de vinificateur, et, il faut le dire, les moyens qu'il aura pu consacrer à la sélection. La très belle arrière- saison fraîche et ensoleillée n'aura sans doute pas tout effacé. A suivre...

Voici quelques images de ce salon tenu en juin. Pour tous ceux qui ne peuvent y avoir accès. undefined

Le très cosy stand du Champagne Billecart-Salmon, avant la ruée...

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Quatre garnds noms réunis dans un même stand...

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Pardela wines, présentation de vins du monde...

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Hors du grand hall, au bord du lac, le club des Marques. A l'échelle des grands groupes...
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Ils ont marché sur l'eau : la passerelle temporaire reliant le hall de la Foire internationale et le palais des Congrès.

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Chez Tio Pepe, le service du  Xeres "fino", toujours aussi spectaculaire.

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Georges Duboeuf mettait en avant le côté aromatique des vins du Beaujolais, avec un stand très fleuri.

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Une autre vue du stand Duboeuf.

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Au club des Marques, le stand Dourthe - CVBG.

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Accueil en musique pour les invités d'André Lurton, au château Couhins-Lurton. undefined

Soirée détente à Couhins-Lurton, après une journée où les invités ont parcourus des kilomètres dans le salon, et dégusté des dizaines de vins...

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Fin de journée au salon...les bouteilles vides dégustées dans la journée attendent devant chaque stand le service du nettoiement.

A Vinexpo, le monde entier se donne rendez-vous. Ce cosmopolitisme viticole permet de confronter ses idées à celles d'un monde ouvert. Force est de constater que malgré notre savoir-faire, malgré notre antériorité de plusieurs siècles, voire de deux millénaires, nous ne sommes pas -ou plus- le nombril du monde du vin. Le monde entier fait du vin, boit du vin, bien ou mal, là n'est pas l'important dans mon propos.

Une image résume mon propos :

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Et oui, voici le monde du vin vu par les américains de Constellation, qui est, si je ne m'abuse le numéro 1 mondial du vin et des spiritueux. L'Europe (et donc la France) est un petit appendice de cette carte, qui est centrée sur le Pacifique. Commercialement, mais aussi techniquement c'est quelque chose dont nous devons être conscients. Deux attitudes s'offrent alors à nous : nous ranger sous cette vision, l'accepter, notamment en faisant des vins qui sont compatibles avec ceux de cette zone pacifique, ou bien garder nos valeurs, techniques et gustatives et tenir compte que le commerce du XXI ème siècle se fait là, et aller nous y battre en forgeant des armes (puissance commerciale,agressivité) qui nous permettent de concurrencer des monstres comme Constellation.

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